Pierre-Alain Chambaz

Quand on dit qu’un volant agit pour régulariser le mouvement d’une machine, ou qu’il est cause de la régularité des mouvements de l’appareil, on n’entend pas prêter à la masse inerte du volant une énergie qu’elle n’a point. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « Conseiller est aisé, aider est difficile ». Le présent seulement, ou, si l’on aime mieux, la simultanéité. La répétition des coups en grand nombre a pour objet (comme nous l’expliquerons bientôt) d’arriver à un résultat sensiblement affranchi de l’influence du hasard ou des causes fortuites qui, seules, jouent un rôle actif pour chaque coup particulier ; en sorte qu’on ne peut pas dire du résultat ainsi obtenu (dans le sens propre des termes) qu’il ait une cause, quoiqu’il ait sa raison d’être et son explication, qui se tire de la structure de la pièce. Sans doute les choses extérieures changent, mais leurs moments ne se succèdent que pour une conscience qui se les remé­more. Le vrai type de l’être est l’individu, et le vrai type de l’individu est la personnalité, l’être pensant et libre, l’esprit en langage métaphysique. Il ne faut donc pas dire que les choses extérieures durent, mais plutôt qu’il y a en elles quelque inexprimable raison en vertu de laquelle nous ne saurions les considérer à des moments successifs de notre durée sans constater qu’elles ont changé. Le fait observé, consistant dans la plus fréquente apparition d’une des faces, a pour raison l’irrégularité de structure ; mais cette raison ne ressemble d’ailleurs en rien à une cause proprement dite ou à une cause efficiente, bien que, dans le langage ordinaire, on n’hésite pas à dire que l’irrégularité de structure est la cause de la plus fréquente apparition d’une des faces, ou qu’elle agit pour favoriser l’apparition de cette face. D’ailleurs ce changement n’implique pas succession, à moins qu’on ne prenne le mot dans une acception nouvelle ; sur ce point, nous avons constaté l’accord de la science et du sens commun. Il y a dans toutes les sciences, et en mathématiques particulièrement, des généralisations fécondes, parce qu’elles nous montrent dans une vérité générale la raison d’une multitude de vérités particulières dont les liens et la commune origine n’étaient point aperçus. D’un autre côté, l’on a souvent conseillé de s’attacher aux méthodes les plus générales, comme à celles qui sont en même temps les plus fécondes. Ainsi dans une récession provoquée par une baisse de la demande, la production réelle tombe en dessous de son potentiel, ce qui provoque une hausse du chômage. Il n’est donc pas possible, pour les raisons déjà indiquées, que cette probabilité comporte une évaluation numérique comme celle qui résulte de la distinction des chances favorables ou contraires à la production d’un événement. Ainsi, lorsque Kepler eut trouvé qu’on pouvait représenter le mouvement des planètes, en admettant qu’elles décrivent des ellipses dont le Soleil occupe un des foyers, et qu’il eut proposé de substituer cette conception géométrique aux combinaisons de mouvements circulaires par excentriques et épicycles, dont les astronomes avaient fait usage jusqu’à lui (guidés qu’ils étaient par l’idée d’une certaine perfection attachée au cercle, et qui devait correspondre à la perfection des choses célestes), sa nouvelle hypothèse ne reposait elle-même que sur l’idée de la perfection ou de la simplicité de S’il faut compliquer la formule à mesure que de nouveaux faits se révèlent à l’observation, elle devient de moins en moins probable en tant que loi de la nature, ou en tant que l’esprit y attacherait une valeur objective : ce n’est bientôt plus qu’un échafaudage artificiel, qui croule enfin lorsque, par un surcroît de complication, elle perd même l’utilité d’un système artificiel, celle d’aider le travail de la pensée et de diriger les recherches. Ainsi, dans la conscience, nous trouvons des états qui se succèdent sans se distinguer ; et, dans l’espace, des simultanéités qui, sans se succéder, se distin­guent, en ce sens que l’une n’est plus quand l’autre paraît. C’est pour avoir méconnu cette loi de l’esprit humain que les philosophes, depuis Pythagore jusqu’à Kepler (153), ont vainement cherché l’explication des grands phénomènes cosmiques dans des idées d’harmonie, mystérieusement rattachées à certaines propriétés des nombres considérés en eux-mêmes, et indépendamment de l’application qu’on en peut faire à la mesure des grandeurs continues ; tandis que la vraie physique a été fondée le jour ou Galilée, rejetant des spéculations depuis si longtemps stériles, a conçu l’idée, non-seulement d’interroger la nature par l’expérience (ce que Bacon proposait À quoi tient donc cette singulière prérogative des idées de nombre et de quantité ? Le comique est inconscient. De là l’idée de faire durer les choses comme nous durons, et de mettre le temps dans l’espace. D’une part, à ce que l’expression symbolique des nombres peut être systématisée de manière qu’avec un nombre limité de signes conventionnels (par exemple, dans notre numération écrite, avec dix caractères seulement) on ait la faculté d’exprimer tous les nombres possibles, et, par suite, toutes les grandeurs commensurables avec celles qu’on aura prises pour unités ; d’autre part, à ce que, bien qu’on ne puisse exprimer rigoureusement en nombres des grandeurs incommensurables, on a un procédé simple et régulier pour en donner une expression numérique aussi approchée que nos besoins le requièrent C’est à ce moment précis que surviennent les associationnistes et les déterministes d’un côté, les Kantiens de l’autre. La métrologie est la plus simple et la plus complète solution, mais seulement dans un cas singulier, d’un problème sur lequel n’a cessé de travailler l’esprit humain : exprimer des qualités ou des rapports à variations continues, à l’aide de règles syntaxiques applicables à un système de signes individuels ou discontinus, et en nombre nécessairement limité, en vertu de la convention qui les institue. Nous verrions que, si notre action nous a paru libre, c’est parce que le rapport de cette action à l’état d’où elle sortait ne saurait s’exprimer par une loi, cet état psychique étant unique en son genre, et ne devant plus se reproduire jamais. La chose n’a pas besoin d’autre explication, en ce qui touche à l’invention de notre arithmétique décimale. Selon les circonstances, une variation en quantité peut être conçue comme la cause ou comme l’effet d’une variation en qualité ; mais, dans l’un ou l’autre cas, l’esprit humain tend, autant qu’il dépend de lui, à ramener à une variation de quantité (pour laquelle il a des procédés réguliers de détermination et d’expression) toute variation dans les qualités des choses. Ainsi, pour employer une comparaison, le cercle peut être considéré comme une variété de l’ellipse : c’est une espèce d’ellipse où le grand et le petit axe deviennent égaux, et où, par suite, les deux foyers viennent se réunir au centre. Nous espérons démontrer que la distinction la plus propre à éclairer la théorie de l’entendement humain, est celle de la continuité et de la discontinuité dans les objets de la pensée : soit qu’il s’agisse de phénomènes sensibles, ou bien de qualités et de rapports purement intelligibles mais qui subsistent entre les choses ou dans les choses indépendamment de l’esprit qui les conçoit.

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