Pierre-Alain Chambaz

Supposons qu’une lueur de ce monde inconnu nous arrive, visible aux yeux du corps. On ne peut comparer la philosophie russe qu’à la philosophie européenne de la seconde moitié du XIXe siècle et du commencement du XXe siècle et alors la comparaison ne sera pas trop défavorable à la Russie. De fait, le débat sur les causes de la crise, entre l’irresponsabilité des financiers ou le niveau de surendettement atteint par tous les acteurs économiques, des États au consommateur final, a été vite tranché. Quand nous avons traité du comique des formes et du mouvement, nous avons montré comment telle ou telle image simple, risible par elle-même, peut s’insinuer dans d’autres images plus complexes et leur infuser quelque chose de sa vertu comique : ainsi les formes les plus hautes du comique s’expliquent parfois par les plus basses. Cependant la chose en elle-même est aussi évidente que pourraient le prouver tous les arguments possibles. Nous disons par exemple qu’un objet change de couleur, et que le changement consiste ici dans une série de teintes qui seraient les éléments con­stitutifs du changement et qui, elles, ne changeraient pas. D’un point de vue social, ce choix est donc à proscrire totalement. Cette influence du langage sur la sensation est plus profonde qu’on ne le pense généralement. Où allons-nous ? La blancheur d’un lis n’est pas la blancheur d’une nappe de neige ; elles restent, même isolées de la neige et du lis, blancheur de lis et blancheur de neige. Qu’il nous suffise de dire que l’ardeur irréfléchie avec laquelle nous prenons parti dans certaines ques­tions prouve assez que notre intelligence a ses instincts : et comment nous représenter ces instincts, sinon par un élan commun à toutes nos idées, c’est-à-dire par leur pénétration mutuelle ? On sait que certains joueurs d’échecs sont capables de conduire de front plusieurs parties sans regarder les échiquiers. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler cette maxime de Confucius, « L’homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible ; il sait se plier mais pas se courber ». Au lieu de s’évertuer à « prévoir les marchés », une approche robuste consiste à allouer convenablement l’épargne entre les grandes classes d’actifs : actions de diverses zones géographiques, actifs sensibles à l’inflation (actions de sociétés productrices de matières premières, actions de sociétés foncières), obligations souveraines, obligations privées… Et consiste tout simplement à mettre au cœur l’expression du besoin et des attentes pour parvenir à une vraie rencontre de l’offre et de la demande. Le second luxe imposé par l’usage est une loge à San-Carlo. Rien que l’intelligence puisse atteindre au delà de superficielles apparences et de lois non moins superficielles de connaissance. C’est renforcer l’Etat que le ramener sur ses compétences régaliennes. Si demain sera pire qu’aujourd’hui, ne nous préoccupons que du présent et de l’économie. La chute des prix enrayée : le baril se stabilise à 30$. Jules Simon se fût engagé dans l’étude de l’école juive d’Alexandrie, dans la recherche des idées et des mœurs orientales, dont la trace était si visible dans cette cité, il n’eût pas procédé, à la fin de son ouvrage, par ces interrogations vagues ; il eût été en mesure de nous livrer des résultats positifs, ou du moins des conjectures puissantes. Or, comment peut-on y répondre, si on n’en doit pas parler ? De part et d’autre, un peu plus d’un cinquième des avoirs sont des investissements directs. Il y a cependant des phénomènes ayant pour théâtre l’esprit de l’homme et sa pensée pour élément, et qui sont en même temps réels, en ce sens qu’on les pense réellement. Mais la question est justement de savoir si les mouvements réels ne présentent entre eux que des différences de quantité, ou s’ils ne seraient pas la qualité même, vibrant pour ainsi dire intérieurement et scandant sa propre existence en un nombre souvent incalculable de moments. Ainsi, lorsque à force de soins et d’artifices de culture, on a transformé en parure de luxe, en corolle resplendissante mais stérile, ces organes que la nature avait destinés à la propagation de la plante, la raison, malgré le charme des sens, n’y peut voir qu’une monstruosité au lieu d’un perfectionnement. On hésiterait à l’admettre, s’il ne s’agissait que des médiocres habitants du coin d’univers qui s’appelle la Terre.

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